Contestation citoyenne contre le projet de nouveau stade de l’Union Rochefortoise à Marche : la réaction de Nicolas Lhoist

par | 24 Fév 2026 | Faits divers namurois

Stade de Rochefort, bombardements en Ukraine : quand le bruit devient un enjeu politique

À Rochefort, un projet de nouveau stade de football provoque la colère d’un collectif de riverains inquiets pour leur tranquillité. À des milliers de kilomètres de là, les habitants de Kiev subissent, eux, le vacarme des missiles et des drones russes qui s’abattent sur leur ville en plein hiver. Ces deux réalités n’ont évidemment rien de comparable en gravité, mais elles disent quelque chose d’un même phénomène : la manière dont le bruit, subi et répété, façonne nos vies, nos peurs et nos mobilisations citoyennes.

À Rochefort, la peur d’un “nouveau karting” au bord de la Nationale 4

Le décor, à Waillet, dans l’entité de Marche-en-Famenne, semble à mille lieues d’une zone de conflit. Pourtant, c’est bien autour du bruit que se cristallise la contestation. Sur ce site, situé le long de la Nationale 4 et visible depuis les habitations voisines, l’Union Rochefortoise projette de construire un nouveau stade d’une capacité maximale de 8 650 supporters. Pour une partie des riverains regroupés dans le collectif “Calme-en-Famenne”, ce scénario réveille de mauvais souvenirs.

Là où le projet doit voir le jour se trouvaient autrefois les installations d’un karting. Pendant des années, les habitants ont vécu au rythme des moteurs hurlants. Certains racontent des barbecues gâchés, des moments de détente impossibles à l’extérieur, une forme d’agression sonore permanente. Aujourd’hui, ils redoutent que l’ambiance des matchs de football, avec chants, sono et circulation, ne recrée un environnement jugé invivable.

Concrètement, les opposants pointent la perspective de milliers de supporters à proximité immédiate des habitations, une vingtaine de soirs par an selon les prévisions du club. Ils s’inquiètent du cumul : bruit du trafic de la N4, bruit des foules, éclairage, déplacements de voitures. Au-delà du désagrément ponctuel, ils craignent l’installation d’une nouvelle “normalité” sonore qui transformerait durablement la qualité de vie au village.

À cette crainte du bruit s’ajoute celle de la mobilité. Un stade d’ampleur régionale suppose des centaines, voire des milliers de véhicules les jours de match. Le collectif redoute un engorgement des rues avoisinantes, un report sauvage du stationnement dans les quartiers résidentiels, ainsi qu’une insécurité routière accrue pour les habitants. Autant de risques qui, à leurs yeux, n’ont pas été suffisamment anticipés.

La réponse du club : étude d’incidences, architecture et promesse d’écoute

Face à cette contestation naissante, le président de l’Union Rochefortoise, Nicolas Lhoist, choisit pour l’instant l’apaisement. Il rappelle que le projet en est au stade de l’étude d’incidences, un passage obligé en Wallonie pour évaluer l’impact d’une infrastructure de ce type sur l’environnement, le trafic, le paysage et le voisinage. Les conclusions sont attendues pour le mois d’avril, et doivent fournir des données chiffrées sur les niveaux sonores attendus, les flux de circulation et les risques divers.

Le patron du club insiste sur deux éléments. D’abord, la progressivité : même si le stade est dimensionné pour accueillir jusqu’à 8 650 spectateurs, la fréquentation n’atteindra pas ce niveau du jour au lendemain. Selon lui, l’Union Rochefortoise va “grandir doucement”, au fil de ses résultats sportifs et de son ancrage régional. Ensuite, l’expertise : il met en avant la collaboration avec un bureau d’architectes qui aurait déjà géré des contraintes similaires en matière de décibels, avec des dispositifs de conception visant à contenir le bruit au sein de l’enceinte.

Sur la question du stationnement, le club assure disposer d’accords avec plusieurs partenaires pour étendre l’offre de parkings les soirs de match. L’argument avancé est celui de la comparaison : en Belgique, nombre de stades se situent en milieu urbain dense et parviennent, avec des plans de mobilité adaptés, à limiter l’impact sur les riverains. Reste que cet équilibre suppose une organisation stricte, un contrôle policier, une signalisation claire, et parfois des mesures impopulaires comme des zones de stationnement réglementé.

Un point est en revanche martelé : si l’étude d’incidences conclut à un impact jugé trop important et impossible à corriger, le projet serait “stoppé net”. Nicolas Lhoist affirme que la demande de permis ne sera déposée que si le dossier est “béton”, autrement dit si les autorités disposent d’éléments objectifs montrant que les nuisances sont maîtrisables. Dans le même temps, il se dit ouvert au dialogue avec le collectif, invitant à une concertation plutôt qu’à un bras de fer judiciaire.

En Ukraine, le vacarme des missiles comme bande-son d’un conflit sans fin

À plusieurs milliers de kilomètres au nord-est, une autre population vit elle aussi au rythme du bruit, mais dans un tout autre registre. Dans la nuit du 22 février 2026, Kiev et plusieurs grandes villes ukrainiennes ont essuyé une nouvelle vague de bombardements massifs. Selon les autorités, une cinquantaine de missiles balistiques et quelque 300 drones russes ont été lancés quasi simultanément, visant notamment des infrastructures énergétiques cruciales en plein hiver.

Les immeubles résidentiels ne sont pas épargnés : des habitations ont été directement touchées, des civils blessés, dont une femme et un enfant. Les habitants décrivent des réveils brutaux, dans l’obscurité et le fracas des explosions. Certains disent ne plus distinguer le moment exact où ils ont entendu le bruit : ils se souviennent seulement avoir été soudain recouverts de débris. Ces scènes s’inscrivent dans une routine tragique qui dure depuis quatre ans, depuis l’invasion russe du 24 février 2022.

En pratique, la population tente de mener une vie “normale” entre deux alertes, jonglant entre les appartements, les lieux de travail et les abris souterrains. Les stations de métro servent régulièrement de refuge, transformant des infrastructures de transport en espaces de survie. Les coupures d’électricité, fréquentes après les frappes visant les centrales et les réseaux, plongent des quartiers entiers dans le froid, alors que les températures peuvent descendre à -10°C.

Les défenses aériennes ukrainiennes interceptent une partie des missiles et des drones, limitant le nombre de victimes. Mais l’effet psychologique demeure puissant : chaque alarme, chaque explosion potentielle rappelle la vulnérabilité permanente des civils. À force, les habitants parlent d’une fatigue mentale croissante. Ils avaient espéré au début un conflit court ; quatre ans plus tard, la perspective d’une fin rapide s’estompe, laissant place à une sorte d’usure collective.

Du stade au champ de bataille : une même question, jusqu’où accepter le bruit ?

L’échelle des situations est incomparablement différente : d’un côté, un conflit armé qui a fait des milliers de morts et déplacé des millions de personnes ; de l’autre, un projet sportif local dans une région rurale belge. Pourtant, dans les deux cas, le bruit cristallise des enjeux bien plus larges que sa seule dimension acoustique.

À Rochefort, le débat porte en réalité sur le modèle de développement territorial que les habitants jugent acceptable. Un stade de cette taille, avec ce qu’il suppose de flux, de visibilité médiatique et de transformations paysagères, projette le village dans une autre dimension. Pour certains, c’est une opportunité économique et sportive ; pour d’autres, c’est la crainte d’une dégradation irréversible du cadre de vie. Le “bruit” vient matérialiser cette tension : il symbolise une perte de contrôle sur l’environnement immédiat, une intrusion que l’on craint de ne plus pouvoir maîtriser une fois le chantier lancé.

En Ukraine, le bruit des bombardements est la manifestation la plus brute de la violence de la guerre. Mais il est aussi un outil stratégique : en ciblant les infrastructures énergétiques et en frappant régulièrement en pleine nuit, l’armée russe mène une guerre d’attrition qui vise autant les capacités matérielles de l’Ukraine que le moral de sa population. Le vacarme répété des explosions, l’angoisse des sirènes et l’incertitude permanente participent à cette pression psychologique.

Dans les deux contextes, le bruit devient politique. À Rochefort, il alimente une mobilisation citoyenne prête à utiliser “tous les moyens légaux” pour obtenir la modification ou l’abandon du projet. À Kiev, il soude une population qui, malgré la fatigue, continue de s’organiser pour survivre, entre systèmes de chauffage de secours, solidarité de voisinage et adaptation permanente aux coupures et aux menaces. Dans les deux cas, c’est la question de la résilience qui se pose : jusqu’où les habitants sont-ils prêts – ou forcés – à s’adapter, et à quel prix ?

Études, chiffres, récits : comment objectiver ce que l’on ressent

Face à ces nuisances, les réponses passent souvent par la mesure et l’expertise. À Rochefort, l’étude d’incidences doit chiffrer le niveau sonore d’un match, le flux de véhicules, la capacité de stationnement. Elle vise à matérialiser des impressions subjectives – “le bruit est insupportable”, “ça ne changera pas grand-chose” – en données permettant aux autorités de trancher. Mais ces outils ont leurs limites : ils ne captent pas toujours la manière dont un bruit, même rare, peut être vécu comme une agression, ni la valeur symbolique que les habitants attachent à leur tranquillité.

En Ukraine, les bilans officiels comptabilisent le nombre de missiles, de drones, de victimes, de coupures. Ils sont indispensables pour documenter l’ampleur des attaques et orienter l’aide internationale. Cependant, là aussi, la fatigue psychologique, le stress continu, les troubles du sommeil ou les effets sur les enfants restent difficiles à appréhender par des chiffres. D’où l’importance des témoignages, qui ramènent le conflit à hauteur d’habitant et donnent corps aux enjeux humains de ces statistiques.

À terme, la manière dont ces situations seront gérées dira beaucoup de la priorité accordée à la qualité de vie et à la protection des populations. À Rochefort, un compromis est-il possible entre développement sportif et quiétude des riverains, ou le projet devra-t-il être repensé de fond en comble ? En Ukraine, les bombardements contre les villes cesseront-ils par une issue diplomatique, une évolution militaire ou une lassitude internationale qui entérine un conflit gelé ?

Dans les deux cas, une question simple traverse les débats : quelle dose de bruit, et de vulnérabilité, une société est-elle prête à tolérer avant de dire stop, de se mobiliser, ou de réclamer d’autres choix politiques ?

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