Incendie mortel à Houyet : derrière le drame, la question des risques domestiques en zone rurale
La mort d’un habitant d’Hulsonniaux dans l’incendie de son logement, mercredi soir à Houyet, s’ajoute à la liste des drames domestiques qui frappent régulièrement la Wallonie rurale. Au-delà du choc local, cet événement ravive une série de questions sur la prévention, l’équipement des habitations et les moyens des services de secours dans les zones éloignées des grandes villes. Concrètement, ce fait divers interroge notre niveau réel de protection face au risque d’incendie au quotidien.
Une intervention rapide, mais une victime malgré tout
Les faits se déroulent en soirée, vers 21 heures, dans une habitation de la rue de la Fontaine, à Hulsonniaux, section de la commune de Houyet, en province de Namur. Un incendie se déclare dans la maison occupée par un seul résident. Alertée, la zone de secours Dinaphi dépêche sur place une pompe multifonction, une citerne et une auto-échelle. La configuration de l’habitation et l’heure de l’appel justifient ce déploiement important.
À l’arrivée des secours, le feu est suffisamment déclaré pour mettre en grave danger l’occupant. Malgré les moyens engagés, celui-ci ne pourra pas être sauvé. « Malgré l’intervention rapide de nos services, nous déplorons le décès de l’occupant », confirme le porte-parole de la zone Dinaphi, Patrice Liétart. La police, la bourgmestre de Houyet et les services d’Ores, gestionnaire du réseau électrique et gazier, se rendent également sur les lieux, signe que l’enquête devra préciser si une installation électrique ou gazière est en cause.
À ce stade, plusieurs éléments restent inconnus : l’origine exacte du feu, l’éventuelle présence de détecteurs de fumée, l’âge ou la situation de la victime. Ce sont pourtant ces détails qui permettront de savoir si ce drame relevait de la fatalité pure ou d’une tragédie en partie évitable, comme c’est souvent le cas dans les incendies d’habitation.
Les incendies domestiques, principal danger à domicile
En Belgique comme dans le reste de l’Europe occidentale, l’incendie domestique reste l’un des premiers risques mortels à la maison. Les chiffres européens font état de 400 à 500 décès par an liés aux incendies dans la région, et les autorités belges estiment que près de 80 % de ces morts surviennent dans des habitations privées. Le domicile, perçu comme un refuge, est aussi l’endroit où le danger est le plus sournois.
En pratique, la majorité des incendies mortels se produisent la nuit, entre 20 heures et 6 heures du matin. À ces heures-là, les occupants dorment, leurs réflexes sont diminués et la détection précoce de la fumée devient déterminante. La fumée, plus que les flammes, est souvent responsable des décès, par asphyxie. Sans alarme sonore suffisamment tôt, le temps de réaction se réduit à quelques minutes.
Les causes les plus fréquentes sont bien connues : installations électriques vieillissantes ou non conformes, appareils défectueux, surcharges de multiprises, chauffages d’appoint mal utilisés, poêles et cheminées insuffisamment entretenus. Dans les maisons anciennes, nombreuses dans les villages ruraux comme Hulsonniaux, ces facteurs de risque s’additionnent. Quand un court-circuit ou un départ de feu se produit dans ces conditions, l’incendie peut se propager rapidement, surtout si les matériaux sont anciens ou très inflammables.
Les autorités rappellent régulièrement qu’une grande part de ces feux pourraient être évités ou, au minimum, rendus moins dramatiques, grâce à quelques mesures simples : entretien régulier des installations, vigilance accrue lors de l’utilisation de chauffages et d’appareils électriques, et surtout présence de détecteurs de fumée fonctionnels.
Zones rurales : un risque accru lié aux distances et au bâti ancien
L’incendie survenu à Houyet met également en lumière une réalité propre aux territoires ruraux. Dans ces communes étendues, les habitations sont souvent dispersées, parfois éloignées des casernes de pompiers. Même avec une mobilisation rapide, le temps d’accès peut être plus long que dans un centre urbain. En matière de feu, ce délai supplémentaire se compte en mètres de flammes et en minutes de survie en moins pour les occupants.
La zone Dinaphi couvre plusieurs communes de la région namuroise. Elle doit composer avec un maillage territorial large, des routes parfois sinueuses et un parc immobilier majoritairement ancien. Les interventions y sont souvent plus complexes : manque d’hydrants à proximité, difficultés d’accès aux bâtiments, besoin de citerne supplémentaire. Le déploiement d’une auto-échelle, comme à Hulsonniaux, illustre ce souci permanent de s’adapter au terrain, mais ne peut pas toujours compenser la vulnérabilité initiale du logement.
Les comparaisons internationales montrent d’ailleurs des écarts sensibles. Certains pays, comme la Suisse, ont développé des infrastructures de secours très décentralisées, permettant des temps d’intervention plus courts en zones rurales grâce à des postes multiples et bien équipés. Ailleurs, la densité moindre de casernes se traduit par des délais plus longs. En Wallonie, les différences de temps de réponse peuvent être importantes d’une commune à l’autre, notamment entre périphérie urbaine et villages isolés.
À cela s’ajoute un autre facteur : les maisons rurales sont souvent plus anciennes, parfois peu rénovées, avec des installations électriques ou de chauffage qui n’ont pas toujours été remises aux normes. Le cumul d’un bâti vulnérable, d’équipements vétustes et d’un temps d’intervention plus long augmente mécaniquement le risque de drame, comme celui qui vient d’endeuiller Houyet.
Détecteurs de fumée : un outil simple encore trop peu répandu
Face à ce constat, un mot revient systématiquement dans la bouche des pompiers et des spécialistes : prévention. Les détecteurs de fumée sont considérés comme l’un des moyens les plus efficaces pour réduire la mortalité lors d’un incendie domestique. Ils déclenchent une alarme dès les premières fumées et permettent souvent de gagner ces quelques minutes cruciales pour évacuer ou donner l’alerte.
Pourtant, moins d’un foyer sur deux en Belgique disposerait de détecteurs de fumée pleinement fonctionnels, selon diverses enquêtes menées ces dernières années. Entre équipements jamais installés, piles retirées ou appareils défectueux, le taux de protection réelle reste insuffisant. Cette situation contraste avec d’autres pays voisins. En France, l’installation de détecteurs est devenue obligatoire dans tous les logements depuis 2015. Aux Pays-Bas, des normes strictes et des campagnes de prévention répétées ont contribué à faire baisser de près de 40 % le taux de décès par incendie par rapport à d’autres pays comparables.
En Belgique, la réglementation est plus éclatée et diffère selon les Régions. Des campagnes de sensibilisation existent, notamment en Wallonie, mais elles peinent à atteindre certains publics, en particulier les propriétaires de logements anciens ou isolés. Plusieurs arguments sont régulièrement avancés pour expliquer cette situation : coût perçu comme trop élevé, impression d’inutilité (« cela n’arrive qu’aux autres »), ou réticence à voir l’État imposer des dispositifs jugés intrusifs à l’intérieur des habitations.
Pour les services d’urgence, ces raisons pèsent peu face aux statistiques. Selon les recommandations habituelles, les incendies domestiques sont « souvent évitables par des mesures de prévention simples ». À terme, la question qui se pose est donc celle d’un éventuel renforcement des obligations légales : faut-il imposer des détecteurs de fumée partout, exiger des contrôles plus réguliers des installations électriques et de chauffage, ou laisser la responsabilité essentiellement au bon vouloir de chacun ?
Quels leviers pour éviter la répétition de ces drames ?
Le décès survenu à Houyet intervient dans un contexte où les autorités régionales et locales sont interpellées sur la sécurité incendie, en particulier dans les milieux ruraux. Plusieurs pistes sont régulièrement avancées. D’abord, renforcer les campagnes d’information à destination du grand public : comment entretenir ses installations, où placer des détecteurs, quand faire vérifier son système de chauffage, comment établir un plan d’évacuation familial simple. Ces messages peuvent être relayés via les communes, les maisons de quartier, les services de prévention des zones de secours ou encore les écoles.
Ensuite, améliorer la couverture opérationnelle des zones de secours. Cela implique d’évaluer précisément les temps de réponse en fonction des villages, d’identifier les « zones grises » où les délais sont les plus longs et, le cas échéant, d’envisager des renforts de moyens, de formation ou de volontaires. Mais ce chantier a un coût important pour les finances communales et intercommunales, ce qui alimente le débat sur la répartition des budgets de sécurité civile entre zones urbaines et rurales.
Un autre enjeu, plus discret mais crucial, concerne les logements anciens. Dans des communes comme Houyet, une part significative du parc immobilier date d’avant les normes électriques modernes. Des contrôles plus systématiques pourraient permettre d’identifier les installations obsolètes et les situations les plus dangereuses. Là encore, la question du financement se pose : qui paie pour les remises aux normes, surtout lorsque les occupants sont des personnes âgées ou en situation de précarité ?
Enfin, l’incendie d’Hulsonniaux soulève en creux la question de la vulnérabilité sociale. De nombreuses victimes d’incendies domestiques vivent seules, sont âgées ou ont des difficultés de mobilité. Pour ces personnes, une alarme qui sonne plus tôt, un voisin prévenu à temps ou des secours quelques minutes plus rapides peuvent faire la différence entre la vie et la mort. Mettre en place, au niveau local, des dispositifs de repérage et d’accompagnement de ces habitants fragiles pourrait réduire le risque.
À Houyet, l’enquête dira ce qui a précisément conduit au drame et s’il aurait pu être évité. Mais, déjà, ce décès rappelle que le feu, même dans un village paisible de la vallée de la Lesse, reste un risque majeur. En filigrane, c’est toute la chaîne – de l’équipement des maisons à l’organisation des secours, en passant par la sensibilisation du public – qui est interrogée. La manière dont les autorités répondront à ces questions déterminera si cette tragédie restera un fait isolé ou l’un des nombreux signaux d’alerte appelant à un sursaut plus global en matière de sécurité incendie.


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