The Voice Belgique : pour sa toute première montée sur scène, Gorane bouleverse Hoshi et Axelle Red

par | 21 Jan 2026 | Faits divers namurois

The Voice Belgique : que révèle la première scène bouleversante de Gorane sur la fabrique des talents télévisés ?

À 18 ans, la Namuroise Gorane Balduzzi est montée pour la toute première fois sur scène lors des Blind Auditions de la 12e saison de The Voice Belgique. Sa reprise fragile et habitée de « Sunday Bloody Sunday » de U2 a fait se retourner deux coachs, Hoshi et Axelle Red, avant qu’elle ne choisisse de rejoindre l’équipe de la chanteuse française. Au-delà de l’émotion du moment, son parcours raconte beaucoup de ce que représentent aujourd’hui les télé-crochets pour de jeunes artistes : tremplin rêvé, mais aussi univers ultra-exigeant où se jouent visibilité, carrière et santé mentale.

Une première scène comme rite de passage

Gorane a 18 ans, vient de Namur, et n’avait jusqu’ici jamais chanté sur scène. Timide, longtemps peu sûre d’elle, elle raconte vouloir désormais vivre sa passion pour la musique et l’écriture « à fond ». Concrètement, The Voice devient pour elle le premier espace public où confronter sa voix à un public et à des professionnels, sans passer par les circuits traditionnels des petites salles, des jams ou des concours locaux.

En choisissant un titre aussi chargé que « Sunday Bloody Sunday » de U2, elle se confronte d’emblée à un morceau emblématique, connu de tous, ce qui rend l’exercice à la fois risqué et révélateur. Sur le plateau, la jeune chanteuse se met « dans sa bulle », tentant de dompter le trac. « Je suis bien réveillée, je suis bien là. C’est le bon jour », se répète-t-elle juste avant d’entrer en scène, comme pour se convaincre que ce moment marque un avant et un après.

Cette tension entre fragilité et prise de risque est au cœur du dispositif The Voice. Les Blind Auditions sont pensées comme un choc : pour des artistes souvent peu ou pas rodés à la scène, on passe directement d’une pratique intime (chambre, réseaux sociaux, répétitions) à un plateau de prime-time, avec caméras, millions de téléspectateurs potentiels et jugement instantané de quatre artistes installés. Dans ce cadre, la première scène prend des allures de véritable rite de passage, où l’on joue à la fois sa légitimité et une part de son identité publique.

Le pari des Blind Auditions : la voix avant le reste ?

Le cœur du format The Voice repose sur une promesse forte : juger uniquement la voix, sans influence de l’apparence physique ou de la mise en scène, grâce à des coachs tournant le dos aux talents. Pour Gorane, cette règle crée un paradoxe. D’un côté, elle protège une jeune artiste peu sûre d’elle du regard direct, en concentrant l’évaluation sur l’interprétation. De l’autre, elle intensifie la pression sur chaque inflexion, chaque fragilité vocale, scrutée comme un indicateur d’émotion ou de potentiel.

Dans son cas, c’est précisément cette fragilité qui touche les coachs. Hoshi explique avoir « attendu la fin » de la chanson parce que cette vulnérabilité l’a « transportée ». Elle perçoit chez la jeune Namuroise quelqu’un qui « pensait à quelque chose en chantant », plongée dans l’instant, et affirme : « J’ai trop envie de bosser avec toi ! ». Axelle Red, elle, dit avoir été émue par la fragilité et les aigus de Gorane. Le retournement simultané des deux artistes, à la toute fin de la prestation, entérine la réussite du pari : malgré le trac, la voix est passée, l’émotion aussi.

Ce cas illustre l’un des principaux arguments en faveur du format : il offre une tribune à des talents sans réseau établi, ni image déjà construite, qui peuvent séduire des artistes reconnus sur la seule base de ce qu’ils donnent à entendre. En pratique, cela permet à des jeunes comme Gorane, issus de villes moyennes comme Namur, d’accéder directement à une exposition nationale et à un accompagnement professionnel, sans filtre des maisons de disques ou des managers.

Mais la logique des Blind Auditions a aussi ses limites. À force de concentrer l’attention sur l’instant vocal, elle valorise la performance ponctuelle plutôt que la construction d’une identité artistique sur la durée. Une note tenue, un frisson dans la voix, un aigu réussi peuvent faire basculer un destin télévisé. Cela n’implique pas automatiquement l’existence d’un projet musical solide, de compositions abouties ou d’une vision claire de carrière. L’émotion ressentie sur deux minutes n’est que le début de l’histoire.

Un tremplin puissant, mais un chemin semé d’incertitudes

À l’échelle du paysage audiovisuel belge, The Voice s’est imposé comme un rendez-vous incontournable. Sa douzième saison, diffusée le mardi soir en prime-time sur RTBF La Une, signale la stabilité d’un format qui a trouvé son public depuis le début des années 2010. Pour les candidats, cette longévité se traduit par une promesse implicite : intégrer l’aventure, c’est rejoindre un univers identifié, balisé, avec des règles codifiées (Blind, Battles, Lives) et des références de la pop culture locale.

Pour autant, le passage dans l’émission ne garantit pas une carrière musicale durable. La plupart des talents disparaissent des écrans après quelques émissions, parfois dès les premières étapes, même après avoir fait se retourner plusieurs coachs. Beaucoup continuent à chanter, mais en retrouvant une relative invisibilité hors des circuits des fans de l’émission. Le contraste entre le pic d’exposition – quelques minutes en prime-time, des extraits relayés sur les réseaux sociaux – et le retour à la réalité est souvent brutal.

Dans le cas de Gorane, rejoindre l’équipe de Hoshi lui offre un encadrement artistique ponctuel, des conseils de scène, un travail sur l’interprétation et la confiance. Le duo talent-coach constitue l’une des forces du programme : un artiste confirmé met son expérience au service d’un profil émergent, ce qui peut aider à structurer un projet naissant. Mais cette relation est par nature limitée dans le temps et dans le cadre du show. À terme, la question demeure : comment transformer cette expérience en tremplin concret, en concerts, en enregistrements, en réseau professionnel ?

Le contexte belge ajoute une autre donnée : le marché musical reste de taille modeste, à cheval entre influences francophones et néerlandophones, avec peu de grandes maisons de disques locales. Une exposition dans The Voice peut ouvrir quelques portes, mais elle ne suffit pas à elle seule à créer la viabilité économique d’une carrière. Sans stratégie de long terme – gestion des réseaux sociaux, auto-production, recherche de labels, tournées – la lumière des plateaux peut s’éteindre aussi vite qu’elle s’est allumée.

Pression, fragilité et santé mentale des jeunes talents

La trajectoire de Gorane met aussi en lumière un autre enjeu, moins visible à l’écran : la gestion de la pression pour des artistes à peine majeurs qui plongent dans un tel dispositif. Elle arrive sur scène en expliquant son passé de timidité, ses doutes. Quelques minutes plus tard, elle se retrouve propulsée au centre d’une narration télévisée : celle de la jeune fille réservée qui bouleverse deux coachs de premier plan grâce à sa fragilité. Cette transformation rapide en personnage d’émission est l’une des marques de fabrique des télé-crochets.

En pratique, cette mise en récit peut être valorisante – on reconnaît l’émotion, on souligne l’authenticité – mais elle peut aussi renforcer la pression : comment continuer ensuite sans décevoir, comment assumer d’être désormais « celle qui a bouleversé Hoshi et Axelle Red » ? La surmédiatisation, même brève, peut être difficile à vivre pour des profils jeunes, qui n’ont pas toujours les outils pour encaisser les retours du public, les commentaires en ligne, voire le rejet lors d’éventuelles éliminations prochaines.

Les télé-crochets jouent désormais un rôle d’accélérateur de trajectoires : en quelques semaines, un inconnu se retrouve exposé à un volume de réactions que des artistes « classiques » ne rencontrent parfois qu’après des années de carrière. Pour certains, cette accélération représente une chance inespérée. Pour d’autres, elle peut fragiliser un équilibre déjà précaire, surtout en l’absence d’accompagnement psychologique structuré en dehors du cadre de l’émission.

La fragilité qui touche Hoshi et Axelle Red chez Gorane renvoie donc à un double niveau. Elle est un atout artistique sur scène, mais elle peut aussi être une réalité intime, avec laquelle il faudra composer une fois les projecteurs éteints. La question de la santé mentale des participants, notamment les plus jeunes, reste un sujet de fond lorsque l’on analyse le rôle des télé-crochets dans l’écosystème culturel.

Une vitrine pour la diversité… et un miroir du marché musical

Depuis ses débuts, The Voice Belgique se présente comme une vitrine de diversité : de styles musicaux, de générations, de parcours. La saison actuelle ne déroge pas à la règle, mêlant reprises de grandes voix internationales, réinterprétations personnelles de standards et incursions dans des répertoires plus inattendus. La prestation de Gorane sur U2 s’inscrit dans cette logique : un classique rock, revisité par une jeune chanteuse à la sensibilité pop et intimiste.

Ce choix illustre à la fois la force et l’ambiguïté du programme. D’un côté, le show donne à voir une forme de pluralité : on passe de l’accordéon décalé d’un autre talent à une ballade française, d’une reprise d’Adele à un hymne engagé comme « Sunday Bloody Sunday ». De l’autre, le filtre des chansons retenues, des arrangements, et surtout des titres qui « marchent » auprès du public reste marqué par les standards internationaux et la pop mainstream.

Pour une jeune Belge comme Gorane, se positionner dans cet univers suppose de naviguer entre fidélité à sa propre écriture – elle dit aimer la composition et les textes – et adaptation aux attentes d’un format calibré pour le prime-time. La question de la diversité ne se réduit donc pas au catalogue de chansons, mais touche aussi aux profils mis en avant, aux esthétiques encouragées, à la place laissée aux langues et aux styles moins « évidents » commercialement.

À terme, l’enjeu est de savoir si The Voice agit comme un véritable moteur de pluralisme musical, en ouvrant l’espace médiatique à des propositions nouvelles, ou s’il reste avant tout un divertissement grand public où quelques touches de différence servent de couleur dans un cadre globalement normé. Le parcours de talents comme Gorane, qui viennent avec une sensibilité d’autrice-compositrice, sera un indicateur de cette capacité du programme à dépasser le simple recyclage de standards.

Après le buzz, le vrai défi commence

En choisissant Hoshi comme coach, Gorane s’inscrit dans une filiation artistique claire : celle d’une chanson française contemporaine où les textes et les émotions brutes occupent une place centrale. C’est une décision cohérente avec ce que l’on perçoit d’elle à l’écran : une jeune femme pour qui l’écriture et la vulnérabilité sont des piliers de l’expression musicale. L’émission lui offre un cadre pour explorer cela, expérimenter, se confronter à d’autres talents et à des conseils professionnels.

Mais une fois passée l’intensité des Blind Auditions, le plus dur commence. La suite de l’aventure – battles, sélections successives, éventuelles éliminations – ne dépend pas seulement de la voix, mais aussi de choix de chansons, de mises en scène, parfois de votes du public. Le risque est réel de voir l’authenticité initiale diluée dans les impératifs du spectacle. Inversement, certains talents parviennent à se servir de cette contrainte pour affiner leur identité, clarifier ce qu’ils veulent défendre une fois le cadre télévisuel refermé.

Pour cette nouvelle génération de chanteurs et chanteuses, The Voice est à la fois une chance et un test grandeur nature : celui de vérifier si la vocation résiste au bruit médiatique, si la passion survit au formatage, si la fragilité peut se transformer en force durable plutôt qu’en simple effet dramatique de prime-time. L’histoire de Gorane, comme celle de tant d’autres talents passés par ce plateau, se jouera donc surtout après l’émission, dans la manière dont elle saura – ou non – transformer ce premier frisson télévisé en une trajectoire musicale qui lui ressemble.

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