Namur : la police intégrée mène une vaste opération dans le cadre du plan « Grandes Villes »

par | 15 Déc 2025 | Faits divers namurois

Police intégrée à Namur : opération d’envergure sous le signe du plan « Grandes villes »

Vendredi dernier, plus de 120 policiers fédéraux et locaux ont investi le centre-ville de Namur dans le cadre du plan national « Grandes villes » pour traquer la criminalité organisée et le trafic de stupéfiants. Si les résultats chiffrés — arrestations, contrôles et procédures immédiates — sont tangibles, cette stratégie de répression interroge sur son efficacité durable et son impact à long terme.

Un plan national pour renforcer la sécurité urbaine

Instauré à l’initiative du ministre de l’Intérieur, le plan « Grandes villes » vise à coordonner les actions de la police fédérale et des zones locales dans les métropoles belges les plus touchées par la criminalité organisée et le trafic de drogue. L’objectif est clair : intensifier la présence policière, frapper les réseaux au cœur de leurs points névralgiques et envoyer un message dissuasif aux auteurs d’infractions.

En pratique, Namur rejoint Charleroi, Liège et Bruxelles dans cette dynamique. Chaque opération s’appuie sur des analyses de terrain : cartographie des zones à risques, choix des heures d’intervention et mobilisation conjointe de moyens fédéraux et locaux. À terme, le gouvernement souhaite démontrer que la lutte contre la délinquance urbaine nécessite une réponse nationale cohérente plutôt que des initiatives isolées.

Au cœur de Namur : ciblage du quartier de la gare et des axes stratégiques

Concrètement, la vaste opération de vendredi s’est focalisée sur le quartier de la gare, déjà réputé pour son activité illicite, ainsi que sur les principaux axes routiers menant au centre-ville. Les policiers ont investi les rues, les places et les abords de la gare, procédant à des contrôles d’identité et de véhicules. Au total, 207 personnes et 71 voitures ont été vérifiées, un volume rare pour une seule journée d’intervention.

En complément des contrôles routiers, les équipes cynophiles et des unités spécialisées ont fouillé les abords de la gare à la recherche de stupéfiants. Huit procédures de transaction immédiate ont été réalisées pour détention de drogue, tandis que neuf autres perceptions ont sanctionné des infractions de roulage — signalant que l’opération ne visait pas seulement la grande criminalité, mais aussi les troubles de la voie publique et la petite délinquance.

Bilan chiffré et enjeux judiciaires

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : cinq arrestations administratives et trois arrestations judiciaires ont été effectuées, tandis que cinq personnes en séjour irrégulier ont été identifiées et seront soumises à des procédures spécifiques. La diversité des suites — administratives ou judiciaires — illustre la volonté de traiter simultanément la menace grave du trafic organisé et les infractions plus légères qui créent un sentiment d’insécurité au quotidien.

Cependant, ces arrestations ponctuelles soulèvent plusieurs questions : quid du suivi judiciaire ? Une fois l’effet de surprise passé, les contrevenants récidivent-ils ? Les autorités annoncent déjà que des opérations semblables seront renouvelées régulièrement, mais le citoyen s’interroge sur la cadence et les résultats à long terme de ce type d’action.

Entre efficacité dissuasive et limites temporaires

Les partisans de la stratégie mettent en avant l’impact immédiat : la forte présence policière produit un effet dissuasif, sécurise les commerçants et rassure les habitants des quartiers ciblés. À Bruxelles, une opération similaire a entraîné la fermeture de trois établissements et huit arrestations judiciaires ; à Liège, le plan « Grandes villes » a déjà servi à démanteler des points de vente de drogue.

Cependant, plusieurs voix s’élèvent pour souligner les limites de ces interventions ponctuelles. Les critiques pointent d’abord le risque de simple « chassé-croisé » : le trafic se déplace quelques rues plus loin, sans véritable démantèlement des réseaux. Le coût humain et financier d’une telle mobilisation — plus de cent policiers sur plusieurs heures — peut paraître disproportionné si les opérations ne sont pas suivies de mesures de fond.

Au-delà de la répression : intégrer prévention et insertion

À terme, la question cruciale demeure celle de la durabilité. Nombre d’experts estiment que la répression doit être complétée par une politique de prévention et de réinsertion sociale. Les jeunes en errance autour de la gare réclament des alternatives — éducation, emploi, accueil de jour — pour briser le cycle de la délinquance. Sans cela, le plan « Grandes villes » pourrait rester cantonné à des coups d’éclat sans transformer les dynamiques locales.

Concrètement, imaginer des cellules mixtes mêlant police, assistantes sociales et éducateurs, ou investir davantage les comités de quartier, permettrait de construire un maillage plus fin. Les habitants, souvent mécontents du sentiment de stigmatisation, réclament une présence policière respectueuse mais aussi des espaces de dialogue pour faire remonter leurs préoccupations.

Perspectives et défis pour l’avenir

Alors que l’État belge promet de reproduire ces opérations régulièrement, plusieurs défis se profilent : maintenir la motivation des forces de l’ordre, mesurer scientifiquement l’évolution de la criminalité avant et après chaque intervention, et surtout concilier fermeté répressive et approche humaine. Les arrêtés administratifs, les procédures de transaction et les expulsions de séjour irrégulier doivent s’accompagner d’un suivi judiciaire et social rigoureux pour éviter que les contextes de précarité ne nourrissent à nouveau l’insécurité.

Enfin, l’adhésion des citoyens et des commerçants sera décisive : sans leur coopération, les contrôles risquent d’être perçus comme injustes. La réussite du plan « Grandes villes » dépendra autant de la qualité de la mise en œuvre policière que de l’intégration de réponses durables aux causes profondes de la délinquance.

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