Namur fête Noël, mais pas la prospérité commerciale
Chaque soir et tout le week-end, le marché de Noël de Namur transforme la cité en un lieu de fête et de rencontres. Pourtant, malgré une affluence record et une ambiance chaleureuse, les commerçants locaux ne voient pas leurs caisses suivre la même trajectoire.
Une fréquentation intense au cœur du marché de Noël
Depuis mi-décembre, les places de l’Ange, d’Armes et Maurice Servais sont prises d’assaut par les habitants et les visiteurs. Concrètement, les vendredis soirs et les samedis attirent un pic de circulation piétonne et automobile qui rappelle l’atmosphère fébrile des grandes villes européennes.
Selon Grégory Rollin, tenancier d’un bar installé dans l’enceinte du marché, « dès que le temps est sec, on n’a jamais autant de monde en soirée ! » Cette vitalité se mesure aussi aux files devant les chalets de vin chaud et aux chalands dégustant des spécialités locales sous les illuminations.
En revanche, cette ferveur ne garantit pas une affluence maîtrisée : le stationnement devient rare, les embouteillages s’allongent et la circulation tourne au ralenti, provoquant une frustration chez certains visiteurs moins attachés à la promenade.
Mobilité et technologies pour apaiser le trafic
Consciente des enjeux, la Ville de Namur a déployé un système de transport intelligent (STI) comprenant 32 panneaux d’affichage le long des principaux axes d’accès. Ces dispositifs informent en temps réel des places disponibles dans les parkings du centre (Confluence, Beffroi, Centre, Hôtel de Ville) et dans le parking des Casernes, souvent moins saturé.
En pratique, ce système permet aux automobilistes d’anticiper leur itinéraire et de réduire le temps passé à chercher une place. Par ailleurs, deux parkings relais (P+R) situés à Bouge et à Namur Expo sont reliés au centre-ville par des navettes de bus régulières, renforçant l’usage des transports en commun.
Cependant, l’efficacité de ces outils dépend de la sensibilisation des conducteurs. Certains déplorent un manque de clarté ou la méconnaissance de ces alternatives, tandis que d’autres pointent la complexité de combiner voiture et bus, surtout en soirée.
Commerçants en quête de chiffres d’affaires
Malgré le flux permanent de visiteurs, les boutiques spécialisées en artisanat, en jouets ou en mode constatent une stagnation, voire une légère baisse de leur chiffre d’affaires. Damien Baert, président de l’association des commerçants, souligne : « Les gens ont conscience qu’il y aura les soldes en janvier, ils préfèrent souvent attendre plutôt que d’acheter au prix fort maintenant. »
Cette tendance exacerbe un paradoxe : les marchés de Noël sont traditionnellement synonymes de frénésie d’achat, mais aujourd’hui ils fonctionnent davantage comme des lieux de loisirs. Certains commerçants estiment qu’il faudrait davantage animer les vitrines, proposer des réductions ciblées ou organiser des ateliers pour transformer l’affluence en acte d’achat.
À cela s’ajoute la concurrence du e-commerce, qui offre des prix attractifs et la livraison à domicile. Les retours rapides et les options de click-and-collect détournent une partie de la clientèle qui ne souhaite pas gérer le stationnement et le temps de déplacement.
Pouvoir d’achat, e-commerce et report sur les soldes
La conjoncture économique belge reste marquée par une inflation modérée, ce qui freine le pouvoir d’achat des ménages. En fin d’année, la crainte de dépenser avant les réductions de janvier pèse fortement sur la décision d’achat. Les soldes, parfois annoncées à -30 % voire -50 %, constituent un argument déterminant.
Par ailleurs, les nouvelles générations de consommateurs privilégient l’expérience d’achat en ligne. En pratique, ils comparent les offres numériques, optent pour des retours gratuits ou se tournent vers des plateformes de seconde main, réduisant encore plus la dépense dans les rues commerçantes.
Cette modification des comportements oblige les commerçants à repenser leur stratégie : proposer des exclusivités Noël, instaurer des cartes cadeaux, ou même anticiper les soldes afin de fidéliser dès le mois de décembre.
Perspectives pour un centre-ville attractif et rentable
Pour que l’atmosphère festive devienne synonyme de prospérité, Namur doit renforcer le lien entre animation et transaction. Concrètement, ajuster les tarifs de stationnement en période de marché, offrir des incitations à l’achat immédiat et enrichir l’offre événementielle sont des pistes à explorer.
La collecte de données via le STI et des enquêtes auprès des visiteurs permettrait de mieux cibler les actions : profil des acheteurs, durée moyenne de visite, montant dépensé. À terme, ces informations guideront la Ville et les commerçants dans la définition d’une offre cohérente et rentable.
En définitive, l’enjeu est de concilier mobilité durable, attractivité touristique et dynamisme économique. Namur possède des atouts indéniables ; reste à transformer l’émotion de Noël en impulsion concrète pour le commerce local.


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