Eghezée : la SWDE creuse un trou dans une rue flambant neuve
À peine quelques semaines après la réfection complète de la rue du Monceau à Mehaigne, la Société Wallonne des Eaux (SWDE) a ouvert un large chantier sans autorisation, provoquant la colère du bourgmestre. Au-delà du désordre routier, ce manquement soulève des questions juridiques, financières et de coordination entre collectivités et gestionnaires de réseaux.
Une intervention surprise dans une voirie toute refaite
Concrètement, c’est devant le numéro 6 de la rue du Monceau que le sous-traitant de la SWDE a creusé un trou béant pour raccorder deux nouvelles maisons au réseau d’eau potable. Or, cette voirie venait tout juste d’être entièrement reprise : revêtement neuf, marquage cyclable jaune, fondations renforcées et drainage optimal. « Comme n’importe quel citoyen, se rendre compte qu’une toute nouvelle voirie est ouverte après seulement quelques semaines, c’est tout simplement inacceptable », s’est indigné Rudy Delhaise, bourgmestre d’Eghezée.
Sans aucune concertation préalable ni autorisation communale, les engins ont défoncé la chaussée, effaçant sur leur passage une partie des bandes cyclables. Le trou a finalement été rebouché à titre provisoire avec du gravier, mais la commune exige une remise en état « à l’identique et durable » afin d’éviter tout problème futur d’infiltration d’eau.
Cadre juridique et responsabilités engagées
En pratique, toute intervention sur le domaine public doit faire l’objet d’une demande d’autorisation municipale et, pour les voiries récentes, d’une phase de réception des travaux. Ici, le chantier de la rue du Monceau n’avait même pas été officiellement validé par la commune lorsqu’il a été rouvert. Ce dysfonctionnement expose la SWDE à des litiges tant administratifs que civils.
La commune d’Eghezée a d’ores et déjà mandaté ses juristes pour éclaircir les conséquences légales de ce manquement. Un arrêté communal impose au sous-traitant de la SWDE de prendre en charge l’intégralité des coulisses, réhabilitation du revêtement et garanties sur le drainage. Tant que ces questions ne seront pas résolues, la SWDE ne pourra plus faire approuver ses interventions sur le territoire, un verrou qui devrait obliger la société à se conformer strictement aux procédures communales.
Un surcoût de 100 000 euros pour un mauvais coup de pelleteuse
Le percement a eu lieu précisément dans la zone où des travaux de renforcement des fondations – nécessaires pour assurer la longévité de la chaussée et un bon drainage – avaient déjà été réalisés. Conséquence directe, le montant de ces fondations a doublé : 100 000 euros de surcoût qui, en l’état, pourraient peser sur le budget communal si la SWDE ou son prestataire ne prennent pas en charge cette facture.
« Le problème, c’est que ce trou a été fait à un endroit où on a dû renforcer les fondations et s’assurer d’un bon drainage. Cela a d’ailleurs causé un surcoût de 100 000 euros », précise Rudy Delhaise. Au-delà de la gêne pour les habitants, c’est bien le financement de la remise à neuf qui devra être tranché : l’opérateur d’eau assumera-t-il l’intégralité des coûts, ou la collectivité devra-t-elle avancer les fonds pour être ensuite remboursée ?
La question de la coordination inter-institutionnelle
Cet incident illustre un problème récurrent en Wallonie : le manque de concertation entre gestionnaires de réseaux (eau, gaz, électricité, télécoms) et communes. En théorie, des protocoles obligatoires encadrent ces interventions pour éviter que plusieurs opérateurs ne travaillent en décalé sur la même voirie. En pratique, les plannings sont trop chargés et le suivi parfois défaillant.
Plusieurs communes belges ont déjà connu des mésaventures similaires, notamment avec Fluvius, l’opérateur des réseaux électrique et gazier, qui intervient parfois sans prévenir les autorités locales. À terme, la mise en place de réunions de coordination, la digitalisation des demandes et des sanctions plus fermes pourraient limiter ces dépassements. La SWDE, pour sa part, reconnaît l’erreur de son sous-traitant et assure vouloir « régler la situation avec la commune au plus vite ».
Quels enseignements et perspectives pour l’avenir ?
Au-delà de la réparation matérielle, l’affaire du trou dans la rue du Monceau pose la question de la gouvernance des infrastructures. Les communes exigent désormais un renforcement des contrôles et un calendrier partagé des travaux interopérateurs. Les procédures d’autorisation devraient intégrer des pénalités financières en cas de non-respect, afin d’inciter à la vigilance et à la transparence.
Sur le plan juridique, la SWDE et son sous-traitant risquent des poursuites pour défaut d’autorisation et mise en danger du domaine public. Les frais engagés seront scrutés de près : la facture finale pourrait servir d’exemple pour responsabiliser les autres prestataires. Enfin, habitants et élus suivront avec attention la remise en état définitive, gage de la confiance future entre la commune d’Eghezée et la SWDE.


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