Blandine et Xavier, le nouveau duo de votre matinale « Namur Matin » sur RTBF VivaCité !

par | 27 Jan 2026 | Faits divers namurois

« Namur Matin », laboratoire de la proximité : comment la radio régionale se réinvente à l’aube

À Namur, la matinale de Vivacité n’est plus seulement un rendez-vous d’information, c’est devenu un véritable dispositif de proximité. Avec l’arrivée du duo Blandine Rans – Xavier Ponsard, « Namur Matin » mise sur la complicité à l’antenne, l’interactivité via WhatsApp et des sorties de plus en plus fréquentes sur le terrain. Au-delà du portrait sympathique, cette évolution illustre la manière dont la radio de service public tente de résister à la concurrence des podcasts et du streaming en se recentrant sur son ancrage local.

Entre promesse de lien renforcé avec les auditeurs, nouveaux modes de participation et contraintes très concrètes pour ceux qui se lèvent en pleine nuit, la matinale namuroise devient un bon observatoire des mutations en cours dans l’audiovisuel régional.

Une matinale régionale taillée sur mesure pour les Namurois

« Namur Matin » s’inscrit dans un modèle bien particulier : celui des matinales régionalisées d’une radio généraliste. Entre 6h et 8h, Vivacité coupe son antenne en tranches locales, permettant aux provinces d’avoir leurs propres voix, leurs propres sujets, leurs propres réflexes de territoire. À Namur, la rentrée a consacré un tandem inédit : Blandine Rans, journaliste issue du média de proximité Canal Zoom à Gembloux, et Xavier Ponsard, animateur-météo et spécialiste de la mobilité routière.

Le partage des rôles, tel qu’ils le décrivent eux-mêmes, est révélateur de l’équilibre que cherche la RTBF : Blandine se charge de l’information régionale, avec des journaux à 6h30 et 7h30 et des sujets namurois développés au fil de l’émission, en lien étroit avec la rédaction locale. Xavier, lui, prend la main sur l’animation, la conduite technique, les idées de sorties et la météo-trafic, cœur de la valeur ajoutée du direct matinal pour de nombreux auditeurs qui prennent la route à cette heure-là.

Concrètement, cette organisation renforce l’idée d’une radio « de chez vous » qui ne se contente pas de décliner nationalement les grandes tendances, mais tente de coller aux réalités de Gembloux, Ciney, Dinant ou Viroinval. L’expérience de Blandine, qui a couvert Gembloux pendant une décennie pour Canal Zoom, illustre la volonté d’intégrer dans la maison RTBF des profils qui maîtrisent déjà très finement un territoire. C’est une manière de capitaliser sur le tissu des médias de proximité, alors même que certains projets numériques locaux, comme Vivre Ici, ont été arrêtés.

En face, les enjeux sont lourds : dans un paysage où les jeunes publics se tournent massivement vers les plateformes et les podcasts à la demande, la radio linéaire doit justifier ses choix de programmation coûteuse (une équipe tôt le matin, des journalistes dédiés, des moyens techniques) par un impact réel sur l’audience et le sentiment d’appartenance locale.

WhatsApp, QR codes et voix des auditeurs : l’interactivité comme promesse

L’un des marqueurs forts de cette nouvelle formule est le lien direct revendiqué avec les auditeurs. Les messages WhatsApp lus à l’antenne ne sont pas un simple gadget, ils deviennent un pilier du dispositif éditorial. Le numéro dédié, mis en avant comme une porte d’entrée permanente vers le studio, permet d’envoyer des informations de terrain, des témoignages, mais aussi des messages de soutien, de bonne humeur, voire de véritables déclarations d’affection pour les animateurs.

Pour la RTBF, cette ouverture a plusieurs vertus. D’abord, elle nourrit le contenu de la matinale : avaries sur une route de campagne, événement local mal couvert, souci de mobilité ou petit fait positif du quotidien, l’auditeur se transforme en capteur diffus d’informations. Ensuite, elle installe un climat de communauté : en lisant à l’antenne un long message d’une auditrice bruxelloise qui dit écouter les matinales régionales « quand les animateurs sont géniaux », Xavier met en scène cette relation affective qui distingue encore la radio d’un simple flux audio algorithmique.

Mais l’outil n’est pas sans contrepartie. En pratique, Xavier explique prendre connaissance des messages dès 5 heures du matin, pendant l’émission et même après. Cette disponibilité permanente interroge : combien de temps de travail invisible représente la gestion de ce canal ? Comment filtrer, vérifier, recouper les informations transmises dans le feu du direct ? La promesse d’« émission qui vous appartient » suppose une capacité à hiérarchiser et contextualiser ce qui arrive sur WhatsApp, au risque sinon de dériver vers une simple chambre d’écho.

L’usage de QR codes sur Auvio ou sur le média de proximité Boukè, pour faciliter l’ajout du numéro dans les contacts, illustre une tendance lourde dans le service public : se hisser au niveau des pratiques numériques courantes sans renoncer à ses missions. L’interactivité devient un argument pour la légitimité de la redevance : on ne fait pas qu’émettre, on prend, on dialogue, on co-construit. Reste à mesurer, chiffres à l’appui, si cette participation améliore réellement la qualité de l’information ou si elle ne sert qu’à consolider un sentiment de proximité.

Sortir du studio : la province comme terrain de jeu et d’enquête

L’autre axe affiché par le duo est la volonté de « sortir régulièrement du studio ». Reportages à vélo dans Namur, émission depuis un café de Dinant, plateau partagé à Ciney ou participation aux fêtes de Wallonie : ces opérations extérieures participent d’une double logique, éditoriale et symbolique.

D’un côté, elles permettent de montrer, de manière très concrète, la diversité d’un territoire provincial souvent perçu comme un simple point sur une carte entre Bruxelles et l’Ardenne. Aller à Viroinval pour le carnaval, envisager des déplacements à Walcourt ou Fosses-la-Ville, c’est reconnaître que l’actualité ne se résume pas au chef-lieu. Chaque sortie donne à voir les initiatives associatives, culturelles ou économiques qui font vivre la province au quotidien et qui, sans cela, auraient peu de chances de se frayer un chemin dans les grands journaux nationaux.

De l’autre, ces déplacements sont des marqueurs de présence du service public sur le terrain. Ils rappellent que Vivacité n’est pas seulement une voix lointaine en FM ou sur Auvio, mais aussi un stand, une équipe, des animateurs que l’on peut croiser, interpeller, saluer. Dans un contexte où la défiance envers les médias reste élevée, cette incarnation est une carte stratégique : elle humanise la radio, réduit la distance symbolique et peut contribuer à restaurer la confiance.

La question se pose toutefois de la soutenabilité de ce modèle. Chaque sortie implique des coûts logistiques, techniques, humains. Le budget qui leur est consacré, et surtout leur pérennité, ne sont pas évoqués. Par ailleurs, l’équilibre territorial reste un enjeu : couvrir de manière régulière l’ensemble de la province sans surreprésenter les pôles déjà visibles (Namur-ville, Dinant, Ciney) nécessite une stratégie claire. L’ambition affichée de « parler du mieux possible de l’ensemble de la province » devra un jour se mesurer à l’aune de données tangibles : fréquence des sujets par commune, diversité des intervenants, place donnée aux zones rurales.

Les coulisses d’un métier à l’heure inversée : engagement et fragilités

Si la matinale se veut légère et souriante, son fonctionnement repose sur un mode de vie à contretemps. Blandine se lève à 2h55, Xavier à 4h15 en moyenne, avec une discipline quasi militaire sur l’heure du coucher. La préparation commence la veille : repérage des reportages déjà tournés, écoute des sons, construction des journaux, coordination avec le ou la journaliste de permanence. Le matin, l’antenne implique encore des ajustements : parcours de la presse écrite, intégration de l’actualité tombée dans la nuit, mise à jour des sons et des plans de conduite, test des liaisons techniques avec Bruxelles.

Ces contraintes sont classiques dans le monde des matinales, en Belgique comme ailleurs. Mais la façon dont elles sont racontées, sur un ton léger – sieste « bienvenue » en début d’après-midi, astuce du téléphone éloigné du lit pour obliger à se lever – ne doit pas masquer les enjeux de santé au travail. Horaires atypiques, dette de sommeil chronique, vie sociale comprimée en journée : la radio du matin repose sur des sacrifices personnels qui interrogent la responsabilité des rédactions et des employeurs en matière de bien-être.

Du point de vue de l’auditeur, cette abnégation nourrit pourtant la perception de sérieux et d’engagement. « Nous ne faisons pas une opération à cœur ouvert, nous ne sauvons pas des vies, mais nous essayons d’embellir la journée des auditrices et auditeurs », dit Xavier. Derrière la formule, se dessine une conception du métier : la mission n’est pas vitale mais elle a un impact sur la manière dont les gens commencent leur journée, surtout dans un contexte d’actualité souvent anxiogène. L’enjeu, pour le service public, sera de concilier cette exigence avec une réflexion plus large sur les rythmes de travail et la rotation des équipes.

Service public, médias locaux et avenir de la proximité

La trajectoire de « Namur Matin » dit enfin quelque chose de plus profond sur le rôle de la RTBF dans l’écosystème médiatique wallon. En recrutant une journaliste issue d’un média de proximité comme Canal Zoom, en collaborant avec Boukè, MaTélé ou d’autres structures régionales, la radio publique se positionne comme un pivot entre le national et l’hyperlocal. Elle donne de l’écho aux initiatives du terrain tout en offrant une vitrine plus large aux chroniqueurs, aux associations ou aux responsables politiques qui, autrement, resteraient cantonnés à une audience très restreinte.

Cette logique de synergie survient au moment même où des projets numériques collaboratifs, comme la plateforme Vivre Ici, ont été arrêtés. Elle pose donc une question centrale : jusqu’où le service public doit-il aller dans la reprise (ou l’absorption) des missions autrefois portées par des médias locaux indépendants ? Faut-il voir dans les matinales régionales une forme de compensation, ou plutôt un nouveau modèle où la RTBF orchestre un réseau de partenaires sans se substituer à eux ?

À terme, la viabilité de ce modèle dépendra de plusieurs facteurs : la capacité à fidéliser une audience locale concurrente de l’écoute en différé ; la diversité des voix à l’antenne au-delà du seul duo d’animateurs ; l’équilibre entre participation du public et exigence de vérification journalistique dans l’usage de WhatsApp ; et, bien sûr, les moyens budgétaires alloués à cette ambition territoriale.

Pour l’heure, « Namur Matin » avance avec ses armes : une complicité assumée (jusqu’aux surnoms « Blanblan » et « Ponpon » qui échappent parfois en direct), une présence revendiquée sur l’ensemble de la province et un lien nourri, parfois très affectif, avec les auditeurs. C’est à la fois sa force et son test grandeur nature : démontrer qu’à l’heure des plateformes globales, une radio régionale, incarnée et interactive, peut encore être le premier réflexe du matin.

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