Andenne : un bateau est en train de couler

par | 12 Déc 2025 | Faits divers namurois

Andenne : quand un pousseur qui coule révèle la dérive des « bateaux poubelles »

Depuis mercredi, un pousseur amarré au quai de Sclayn, dépendant du port autonome de Namur, est en train de sombrer dans la Meuse. Si la pollution reste pour l’instant limitée à une fine pellicule d’huile, ce naufrage met en lumière une problématique de fond : la prolifération d’embarcations abandonnées le long de nos cours d’eau, sources de risques environnementaux et de tensions juridiques.

Un pousseur en perdition sur la Meuse

Mercredi, les équipes de la protection civile de Crisnée ont été alertées du naufrage progressif d’un pousseur amarré au quai de Sclayn, à hauteur d’Andenne. Véritable bateau-atelier chargé de tracter des barges, il était stationné depuis plus d’un an sans contrôle strict. Selon le propriétaire, le vol d’une plaque de cuivre aurait vandalisé une vanne, provoquant une brèche dans la coque. Détail rassurant, les réservoirs étaient quasiment vides : « Tout ce qui pourrait y avoir c’est de l’huile qui remonte. On a vraiment une fine pellicule d’hydrocarbure au-dessus. » a indiqué Bernard Jean, Sergent à la protection civile.

Le matin suivant le sinistre, un barrage de boudins absorbants a été déployé pour limiter la diffusion des résidus d’hydrocarbures. L’opération, menée en coordination avec les services du port autonome et le Service Public de Wallonie (SPW), illustre la réactivité nécessaire face à ce type d’accident. Le propriétaire dispose désormais de quinze jours pour retirer l’épave ; à défaut, les autorités pourraient intervenir en engageant des procédures de mise en fourrière et de facturation des frais de dépollution.

La prolifération des « bateaux poubelles » le long de nos cours d’eau

Au-delà de cet incident isolé, la Meuse et ses affluents wallons portent le stigmate d’une mode du logement flottant apparue dans les années 2000-2010. Nombreux sont les particuliers séduits par l’idée de vivre sur l’eau, souvent à moindre coût. Mais lorsque ces bateaux n’offrent plus de confort ou que leurs propriétaires changent de projet, certains s’y désintéressent : les coques se dégradent, les amarres se rompent et les carcasses deviennent de véritables épaves.

À Namur, on recense plusieurs dizaines de ces embarcations en mauvais état, faute de permis de stationnement ou d’entretien adéquat. Le SPW Mobilité souligne que « le bateau n’était pas en ordre pour rester stationné là aussi longtemps ». Pourtant, le suivi administratif et la police des cours d’eau peinent à distinguer les bateaux habités en bon état, les résidences flottantes illégales et les épaves à évacuer d’urgence.

Risques environnementaux et sanitaires

Sous l’apparente tranquillité des quais, le spectre des fuites de carburant et d’huile plane en permanence. Une fois l’écosystème aquatique pollué, les conséquences peuvent toucher la faune, la flore et la qualité de l’eau distribuée en aval. Les hydrocarbures forment une pellicule à la surface, réduisant les échanges gazeux et asphyxiant les organismes aquatiques.

Au-delà des carburants, les épaves abandonnées peuvent renfermer des batteries, des peintures toxiques ou des métaux lourds. Les sédiments contaminés constituent une bombe à retardement pour la chaîne alimentaire. En outre, les eaux stagnantes dans les coques servies de réservoirs à moustiques ou à bactéries, exposant les riverains à des nuisances sanitaires.

Un cadre légal à clarifier

En Belgique, la gestion des voies navigables relève de compétences multipartites : la Région wallonne via le SPW, le port autonome de Namur et les communes concernées. Or, chacun dispose de pouvoirs et de ressources limités pour sanctionner ou intervenir d’office. La législation impose quinze jours au propriétaire pour évacuer une épave, mais en pratique, la contrainte est parfois réduite à un simple courrier recommandé.

À l’étranger, des modèles plus coercitifs existent. Aux Pays-Bas, les « liveaboards » doivent obtenir un permis, respecter des normes de sécurité et se soumettre à des inspections régulières. Au Royaume-Uni, le Canal & River Trust peut proposer et financer l’enlèvement des épaves, puis récupérer les frais auprès des propriétaires. En France, certaines Préfectures ont lancé des campagnes de recensement et d’enlèvement massif sur la Seine et les canaux, assorties d’amendes significatives.

Perspectives et pistes de solution

Pour enrayer ce phénomène, plusieurs leviers peuvent être actionnés. D’abord, renforcer les contrôles et clarifier le statut des bateaux d’habitation versus épaves. L’instauration d’un registre centralisé, couplé à un permis de stationnement payant et conditionné à l’assurance, permettrait de responsabiliser les propriétaires.

Ensuite, améliorer la coopération entre port autonome, SPW et communes, en prévoyant des interventions concertées et financées en cas de défaillance du propriétaire. La création d’un fonds régional d’intervention rapide pour la dépollution et l’enlèvement, alimenté par une taxe sur les amarrages de courte durée, offrirait une solution opérationnelle.

Enfin, sensibiliser les riverains et les plaisanciers aux risques engendrés par les épaves. Des campagnes d’information et des partenariats avec des associations de protection de la nature peuvent prévenir les vols de cuivre et le vandalisme, facteurs aggravants de la dégradation des coques.

À terme, réconcilier l’usage récréatif et résidentiel des cours d’eau avec la préservation de l’environnement et le respect des normes devient un défi essentiel pour la Wallonie. Le naufrage du pousseur d’Andenne n’est que l’alerte la plus spectaculaire d’un phénomène structurel qui requiert une réponse politique et technique coordonnée.

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